Sunday, February 20, 2005

 

De l'intérêt commercial de la politique arabe de la France


En ce 27 mars 2003, je m'étais amusé à garder un article du quotidien économique La Tribune dans mes dossiers. Ce jour-là, je fus bien inspiré car "tout y est".

Le voici.

Le titre : La France prête à capitaliser sur la diplomatie chiraquienne.

Il s'agit donc d'un article faisant le lien entre politique et économie. Les auteurs, Olivier Guez et Éric Chalmet, estiment que les entreprises françaises auront de bonnes chances de succès sur les marchés arabes grâce aux positions diplomatiques de la France, qui vient alors (nous sommes en mars 2003) de mener l'opposition aux États-Unis dans leur volonté de faire la guerre à l'Irak de Saddam Hussein.

Premier pays : l'Irak

Les journalistes citent les espoirs d'un organisme qu'ils jugent crédible : l'Office français pour le Développement de l'Industrie et de la Culture (Ofdic). Sous ce nom sérieux se cache une officine pro-irakienne, affairiste et très douteuse, dirigé par celui qui se fera remarquer quelques mois plus tard : un certain Philippe Brett, adjoint du député Julia dans leur tentative de lbération des deux otages français (Chesnot et Malbrubot) en Irak. On ne peut être qu'abasourdi par la légèreté des deux journalistes.

Deuxième pays : la Syrie

L'Ofdic est encore plus enthousiaste :

Selon cet organisme, le président syrien Bachar el-Assad a apprécié la fermeté diplomatique de la France. Dans la foulée, de nouvelles négociations commerciales auraient déjà commencé avec la Syrie, qui absorbait en 2001 plus de 360 millions d'euros d'exportations françaises. "Des contrats ont été signés avec Airbus, la France doit livrer des autobus à Damas, des pourparlers sont en cours pour la reconstruction de l'aéroport de Damas et le système d'assainissement des eaux. On sent une certaine effervescence", se réjouit Pierre Girard-Hautbout.

Évidemment, l'Ofdic fait dans l'esbrouffe, trop heureux de trouver deux journalistes naïfs. Mais retenons bien ce chiffre : 360 millions d'euros. Qu'est-ce que ça représente pour une économie comme la France? Un millième de ses exportations, c'est-à-dire : RIEN. Des autobus... Et les journalistes recopient consciencieusement.

Que l'Ofdic a pu berner deux journalistes de la Tribune n'a que peu d'importance ; ce qui est plus grave, c'est que Bachar Assad a berné Chirac exactement de la même façon.

Passons maintenant à une organisation plus sérieuse, le Medef. L'organisme patronal est d'accord avec l'analyse de l'Ofdic : le "capital de sympathie" dont bénéficient déjà les entreprises françaises va encore croître et elles vont bientôt pouvoir en "profiter". Quelle plaisanterie! Un sou est un sou, un dollar est un dollar : pourquoi une entreprise ou un gouvernement arabe ferait affaire avec une entreprise française si celle-ci est moins compétitive qu'une entreprise britannique, américaine, italienne ou japonaise? Il est inquiétant de voir le Medef vivre dans ce genre d'illusions.

L'article se termine sur un véritable trésor :

Le représentant du président Bush pour le Commerce, Robert Zoellick (devenu aujourd'hui l'adjoint de Condoleeza Rice au département d'État, note de politiquearabedelafrance.blogspot.com), ne cache pas que les intérêts politiques des Etats-Unis ne sont pas étrangers à cette démarche : les accords de libre échange peuvent contribuer au développement économique des pays de la région et ainsi diminuer l'influence des fondamentalistes religieux. Les débouchés potentiels n'expliquent pas tout : la croissance par habitant de la région devrait s'inscrire à 1,3 % pendant la décennie en cours, ce qui constituera la plus faible au monde.

Sans que les journalistes ne s'en rendent compte eux-même, les pratiques américaines et françaises apparaissent ainsi comme strictement opposées.
Bigre, voici qui est intéressant. Nous ne manquerons pas d'y revenir...

Résumons. Tout est dans cet article :

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