Sunday, March 06, 2005

 

Démocratie et terrorisme



La presse francaise ne travaille pas le dimanche. Ou du moins elle est en service minimum et ne se dérange que pour ce qui est urgent. Or l'information qui va suivre, il faut bien le reconnaître, n'a rien d'urgent. Reste à savoir si elle sera évoquée au retour du week-end. Elle a été publiée par le journal arabe Asharq-Al-Awsat et reprise par le jounal israëlien "Yediot Aharonot" : La France et l'Espagne seraient en train de négocier le retrait du Hamas de la liste des organisations terroristes de l'Union Européenne. L'argument employé pour convaincre les autres membres de l'Union est qu'il ne serait pas raisonnable de mettre au ban une organisation dont la représentation est si importante dans la rue palestinienne. Les deux pays ont pris soin de souligner l'action sociale et humanitaire du Hamas dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Voilà donc deux points fondamentaux dans l'argumentaire de la France et de l'Espagne : un aspect démocratique et un aspect humanitaire. Vu de facon superficielle, ces arguments pourraient faire réflechir. Après tout, nous, les nations occidentales, démocratiques et éclairées, de quel droit devrions-nous condamner une organisation populaire, qui rencontre un tel soutien dans un pays si peu démocratique, qui s'occupe, qui est plus est, de charité et de donner un minimum à ceux qui n'ont rien?

Seulement voilà, Hamas n'est pas que cela, bien au contraire. C'est une organisation qui émane des Frères Musulmans égyptiens. Elle est intégriste et réclame la disparition pure et simple d'Israël (la libération de toute la Palestine, dans le vocable de l'organisation). Afin de recruter des membres et d'accumuler des sympathisants, elle s'est dotée d'institutions caritatives, qui viennent prendre en charge les palestiniens démunis tant à cause de la guerre perpétuelle avec Israël, que de la corruption des dirigeants palestiniens qui fait le jeu de l'organisation terroriste. Elle n'a pas hesité à recourir à des moyens aussi barbares que les attentats-suicides pour tuer un maximum de civils israëliens. C'est la la définition même d'un mouvement terroriste. Son but est le jihad en Palestine mais aussi dans le monde entier jusqu'au jour où chaque arbre "dénoncera les juifs qui se cachent derrière afin de pouvoir les tuer". Tout ceci est écrit en clair dans la charte du Hamas, en particulier dans le septième article.

Mais alors, qu'en est-il des arguments de la France et de l'Espagne?

Pour ce qui est de l'importance qu'a pris le mouvement integriste dans la rue palestinienne, l'argument est des plus pernicieux. On n'a jamais vu la France estimer qu'il fallait traiter avec le GIA algerien ou les talibans en Afghanistan sous prétexte qu'ils représentaient un nombre non-négligeable d'algériens ou d'Afghans. Plus encore, elle a expulsé l'imam de Venissieux, qu'elle considérait comme dangereux, alors même qu'on aurait pu dire qu'il s'occupait de social et qu'il avait un soutien populaire important, Car on ne peut pas laisser une organisation terroriste jouer le jeu de la démocratie (s'il est seulement question de cela) quand son but avoué va à l'encontre de toutes les valeurs qui fondent les démocraties.

Quant à l'action sociale du Hamas, elle sert son but qui est le terrorisme contre Israël jusqu'à sa disparition et l'instauration d'un état islamiste en son lieu et place. On ne peut dès lors cautionner des activités caritatives qui visent à l'utilisation de la colère et de la frustration de ceux qui n'ont rien afin d'entretenir le terrorisme. Au contraire, l'Union Europeenne, en tant qu'important bailleur de fonds de l'Autorité Palestinienne se doit de vérfier que l'argent qu'elle donne ne serve pas la corruption ou le révisionnisme, afin de ne pas faire le jeu du Hamas et des autres groupes qui existent pour et par le jihad, la guerre sainte.

Non content de ne pas le faire, la France prend le chemin inverse en voulant retirer sa reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste. On pourrait croire qu'elle tombe dans le piège de l'organisation caritative qui sert de facade rescpectable et fait "oublier" les attentats-suicides. Mais le fait que le Hezbollah, qui a le même genre de caracteristiques que le Hamas ait droit à la même considération de la part de la diplomatie francaise montre qu'il s'agit d'une politique réfléchie et qui a pris cet aspect des choses en compte. L'argument, récurrent dans les deux cas, de l'importance qu'ont pris les deux mouvements intégristes ne tient pas la route non plus, comme on l'a vu.

De même qu'au Liban, son soutien implicite au Hezbollah est motivé par des considérations de realpolitik, le Hezbollah risquant fort de se retrouver prochaînement maître du Liban, on peut imaginer qu'un calcul semblable mène le Quai d'Orsay à sa position sur le Hamas de l'apres retrait d'Israel de la bande de Gaza. L'avenir, dans cette perspective, paraît bien sombre...

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