Sunday, March 13, 2005

 

Résolution 1559 : une erreur de traduction diplomatique ?


Il faut toujours aller aux sources.

Le porte-parole du Quai d'Orsay répondait vendredi aux questions des journalistes à l'occasion de la visite à Paris d'une délégation parlementaire libanaise emmenée par l'ancien ministre Hamadé. Il y a explicité la position française du moment sur le Liban, dans les termes suivants:

Question du journaliste : Est-ce que je dois comprendre par là, que vous demandez au Hezbollah de dissoudre sa milice armée ? Et vous appuyez le Hezbollah dans son activité politique, de se transformer en parti politique et rien qu'un parti politique ?

Réponse : Nous constatons que c'est un parti politique et cela est une réalité. Pour le reste, il faut continuer à observer l'évolution de la situation. Encore une fois, le gouvernement libanais a son mot à dire. Mais il y a un cadre international qui a été tracé par la résolution 1559. Car celle-ci établit clairement des priorités, et la priorité dans le cadre de la 1559, c'est bien le retrait dans les meilleurs délais de l'armée et des services de renseignements syriens.

Cette histoire de priorités inscrites dans la 1559 m'a intrigué. Je veux bien que ce soit la priorité de la France, et même aujourd'hui des États-Unis, de privilégier le retrait des troupes et des services syriens du Liban et d'être plus patient avec le Hezbollah. C'est autre chose d'en attribuer l'origine à la résolution 1559 elle-même!

J'ai vérifié et c'est faux : il n'y a pas de dimension de priorité dans la résolution 1559. Dans sa version originale anglaise, elle dit en effet, parmi les 7 exigences identifiées :

2. (The Security Council) Calls upon all remaining foreign forces to withdraw from Lebanon;
3. Calls for the disbanding and disarmament of all Lebanese and non-Lebanese militias;

On le voit bien, aucune de ces deux exigences ne paraît plus pressé que l'autre : pas de priorité donc et la position française n'a pas de fondement en droit international (qu'elle en ait un en bonne politique est une autre question).

Pourtant, CHOSE EXTRAORDINAIRE, la version française de la résolution correspond bien à la position du Quai d'Orsay !

2. (Le Conseil de sécurité) Demande instamment à toutes les forces étrangères qui y sont encore de se retirer du Liban;
3. Demande que toutes les milices libanaises et non libanaises soient dissoutes et désarmées;

On voit bien ici que c'est l'adverbe instamment (selon le petit Robert : D'une manière instante, avec instance. Instance : Sollicitation pressante) qui institue une ordre de priorité entre les deux exigences onusiennes, ce qui n'apparaissait pas dans la version anglaise.

Pour ceux de mes lecteurs qui douteraient de la réalité de l' "erreur" de traduction que je dévoile ici, et qui penserait que calls upon peut bien se traduire par demande instamment, je les invite à regarder la résolution ... 1560 adoptée dix jours plus tard par le même Conseil de sécurité. La version française de cette résolution (qui concerne l'Éthiopie et l'Érythrée) traduit bien calls upon (exigence uméro 3) par, tout simplement, demande. CQFD

Cette erreur de traduction dans un texte aussi sensible (et très court) est très étonnante et n'est pas sans précédent. Je pense notamment à la résolution 242 (suite à la guerre des Six Jours) qui fait référence, en version originale anglaise, à "from occupied territories", et en français, à "des territoires occupés", ce qui est loin de vouloir dire la même chose...

Une erreur de traduction diplomatique qui ressurgira peut-être quand les intérêts divergents des États-Unis et de la France au Liban apparaîtront plus nettement...

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