Sunday, May 01, 2005

 

Bonnes feuilles : Luc Rosenzweig sur la "rue arabe" du Quai d'Orsay


Ancien journaliste au Monde, Luc Rosenzweig a écrit aux éditions Doc en Stock "Lettre à mes amis propalestiniens".

Nous vous présentons ici ce que Rosenzweig a à dire à ses "amis du Quai" :

Chers amis du Quai, ce qui est insupportable et, de mon point de vue, nuisible aux intérêts de la France, c'est de vous voir en faire trop, vraiment trop. De vous comporter, dans les institutions internationales, comme les principaux accusateurs de l'État juif. D'être presque aussi virulents dans vos discours et communiqués que les porte-parole de la Ligue arabe, au point que l'on nous soupçonne, par dérision, d'en être clandestinement le 22e État membre. Dans quel pays peut-on voir un grand ambassadeur en poste à Londres traiter, lors d'une réception, Israël de "petit pays de merde" sans recevoir la moindre réprimande publique de sa hiérarchie ? (...)

Ceux de vos collègues qui ne partagent pas cette orientation, car il en existe, surnomment d'ailleurs l'étage de votre centrale qui rassemble les spécialistes de la question d'Orient la "rue arabe". On retrouve là des arabisants distingués qui se prévalent de parler la langue de Ibn Khaldoun, avec l'accent de Bagdag le plus pur, paraît-il. Des hommes et des femmes, issus culturellement de la droite comme de la gauche, qui ont pour le monde arabe une vraie passion, dans la lignée des grands orientalistes français : Louis Massignon pour les premiers, Jacques Berque et Maxime Rodinson pour les seconds. Ces gens, souvent remarquables, se laissent pourtant aller à des élans rhétoriques inutilement blessants à l'égard d'Israël dans leurs dépêches diplomatiques. Point n'est besoin de se transformer en petite souris pour prendre connaissance de ce genre de documents, en principe confidentiels. La "rue arabe" du Quai d'Orsay alimente régulièrement de bonnes feuilles Le Canard enchaîné par le canal de son rédacteur en chef Claude Angeli, ardent supporter de cette orientation. C'est derrière les moucharabieh de cette "rue arabe" que s'est élaborée cette "théorie de la prenthèse" dont Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, a perçu l'écho jusque dans les couloirs de l'Élysée. Cette analyse ne voit dans Israël qu'un phénomène transitoire à l'échelle de la longue durée proche-orientale, à l'image de ce que fut le royaume des croisées du Moyen Age : après deux siècles d'existence, il fut balayé par Saladin. On voit bien où peut conduire la mise en oeuvre diplomatique d'une telle théorie : l'intérêt de la France éternelle est de conclure une alliance à long terme avec un monde arabe promis à tout autant d'éternité et à négliger une petite nation dont l'extinction historique est programmée.

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