Tuesday, April 12, 2005
La France contre la démocratisation du monde arabe
Est-ce un hasard si le prince héritier saoudien Abdallah, avant de s'envoler pour le ranch texan de George Bush, ira rencontrer Jacques Chirac à Paris ?
Est-ce bien surprenant que Moubarak, le président égyptien fortement contesté chez lui grâce aux pressions américaines, ait, sans raison particulière, visité l'Élysée il y a deux semaines?
Certes non.
Les régimes autoritaires du monde arabe trouvent en la France de Jacques Chirac un allié de poids face à la politique de "pression démocratique" de l'administration Bush. Ils sont fort aise du dogme chiraquien du «La démocratie ne se décrète pas, ne s'importe pas».
De la même façon que la France a tenté (sans succès), sous Bush I, de sauver l'Irak de Saddam Hussein de l'invasion américaine, elle se pose, sous Bush II, et de façon certes plus subtile, comme protectrice des régimes autoritaires, pro-américains pour la plupart (intéressant paradoxe), menacés par la contagion démocratique que la guerre d'Irak a mise en branle.
Il ne faut en effet pas se laisser aveugler par le Liban, où France et États-Unis ont travaillé ensemble de façon efficace pour y expulser la Syrie. On l'a montré à plusieurs reprises, les deux pays ne sont au Liban qu'alliés de circonstance. Le succès de l'action conjointe américano-française au Liban cache l'hostilité féroce de la France au projet américain de démocratisation du Moyen-Orient.
Le Liban ne constitue donc pas un tournant de la politique arabe de la France.
Au contraire, le soutien constant de la France aux despostes (certes éclairés, puisqu'opposés farouchement aux islamistes) du monde arabe va en se renforçant, à mesure que les Américains appliquent des pressions importantes sur leurs alliés. On pense à l'Égypte bien sûr, mais aussi à la Tunisie, à l'Arabie Saoudite, aux pays du Golfe.
Il s'agit, comme d'habitude, de faire contrepoids aux États-Unis.
C'est une politique de courte vue, fondée notamment sur des relations personnelles extrêmement fortes entre Chirac et certains dirigeants arabes. On pense bien sûr à l'amitié du président français pour Rafic Hariri, mais aussi pour le président algérien Bouteflika ou pour la famille royale marocaine. Moubarak et Chirac sont aussi très liés. Cette extrême personnalisation de la politique étrangère de la France n'est pas garante, loin s'en faut, d'une adéquation entre la politique menée et les intérêts réels du pays. Ce fut vrai au Liban où tout était fait en fonction de Hariri. C'est le cas encore aujourd'hui, notamment pour l'Algérie (nous y reviendrons).
Le principe de base de cette politique est au fond très paternaliste : les Arabes ne sont pas prêts pour la démocratie et mieux vaut des régimes forts, garants de la "stabilité" (les diplomates français aiment presqu'autant ce mot que les communistes chinois) et du "maintien des équilibres".
On se souvient, comment le président du-pays-qui-a-donné-les-droits-de-l'-homme-à-la-terre-entière avait expliqué ce concept aux Tunisiens :
Le premier des droits de l'homme, c'est de manger, d'être soigné, de recevoir une éducation, d'avoir un habitat.
Pas très étonnant, ainsi, que la France accorde si peu d'attention au respect de certaines libertés fondamentales comme la liberté de la presse. En Algérie, des journalistes anti-Bouteflika croupissent en prison, leurs journaux sont fermés : la France n'a pas de commentaires à faire, n'apporte qu'un soutien minimal, du bout des lèves, au grand dam d'organismes comme Reporters sans frontières. On est plutôt occupé à signer un "traité
d'amitié" avec l'Algérie. Et, si vous vous rendez sur le site de l'Ambassade de France en Algérie, vous verrez la place qu'occupe la question de la démocratisation et des droits de l'homme : la dernière. C'est écrit noir sur blanc, on ne peut être plus clair :
Les principaux axes du dialogue politique bilatéral entre la France et l'Algérie sont l’encouragement à l’intégration maghrébine, le partenariat euro-méditerranéen, le développement en Afrique en appui au NEPAD, la sécurité en Méditerranée, les migrations, la démocratisation et les droits de l’homme.
Pour l'Égypte, il est frappant de constater l'absence presque totale de couverture, par les médias français, de la montée de la contestation politique. Même l'attentat du Caire de jeudi soir, qui a quand même fait deux victimes françaises, n'a pas suscité plus de curiosité sur la situation en Égypte. Bigre.
Moubarak peut vraiment compter sur son ami Chirac et sur les élites médiatiques antibushistes. Le peuple égyptien se sent soutenu dans son désir de changement par la pression américaine sur le régime : Moubarak file à Paris montrer que la France (et l'Europe) est derrière lui. À cette occasion, le Figaro ose titrer : "Le plan de démocratisation de Moubarak"...
Est-ce bien surprenant que Moubarak, le président égyptien fortement contesté chez lui grâce aux pressions américaines, ait, sans raison particulière, visité l'Élysée il y a deux semaines?
Certes non.
Les régimes autoritaires du monde arabe trouvent en la France de Jacques Chirac un allié de poids face à la politique de "pression démocratique" de l'administration Bush. Ils sont fort aise du dogme chiraquien du «La démocratie ne se décrète pas, ne s'importe pas».
De la même façon que la France a tenté (sans succès), sous Bush I, de sauver l'Irak de Saddam Hussein de l'invasion américaine, elle se pose, sous Bush II, et de façon certes plus subtile, comme protectrice des régimes autoritaires, pro-américains pour la plupart (intéressant paradoxe), menacés par la contagion démocratique que la guerre d'Irak a mise en branle.
Il ne faut en effet pas se laisser aveugler par le Liban, où France et États-Unis ont travaillé ensemble de façon efficace pour y expulser la Syrie. On l'a montré à plusieurs reprises, les deux pays ne sont au Liban qu'alliés de circonstance. Le succès de l'action conjointe américano-française au Liban cache l'hostilité féroce de la France au projet américain de démocratisation du Moyen-Orient.
Le Liban ne constitue donc pas un tournant de la politique arabe de la France.
Au contraire, le soutien constant de la France aux despostes (certes éclairés, puisqu'opposés farouchement aux islamistes) du monde arabe va en se renforçant, à mesure que les Américains appliquent des pressions importantes sur leurs alliés. On pense à l'Égypte bien sûr, mais aussi à la Tunisie, à l'Arabie Saoudite, aux pays du Golfe.
Il s'agit, comme d'habitude, de faire contrepoids aux États-Unis.
C'est une politique de courte vue, fondée notamment sur des relations personnelles extrêmement fortes entre Chirac et certains dirigeants arabes. On pense bien sûr à l'amitié du président français pour Rafic Hariri, mais aussi pour le président algérien Bouteflika ou pour la famille royale marocaine. Moubarak et Chirac sont aussi très liés. Cette extrême personnalisation de la politique étrangère de la France n'est pas garante, loin s'en faut, d'une adéquation entre la politique menée et les intérêts réels du pays. Ce fut vrai au Liban où tout était fait en fonction de Hariri. C'est le cas encore aujourd'hui, notamment pour l'Algérie (nous y reviendrons).
Le principe de base de cette politique est au fond très paternaliste : les Arabes ne sont pas prêts pour la démocratie et mieux vaut des régimes forts, garants de la "stabilité" (les diplomates français aiment presqu'autant ce mot que les communistes chinois) et du "maintien des équilibres".
On se souvient, comment le président du-pays-qui-a-donné-les-droits-de-l'-homme-à-la-terre-entière avait expliqué ce concept aux Tunisiens :
Le premier des droits de l'homme, c'est de manger, d'être soigné, de recevoir une éducation, d'avoir un habitat.
Pas très étonnant, ainsi, que la France accorde si peu d'attention au respect de certaines libertés fondamentales comme la liberté de la presse. En Algérie, des journalistes anti-Bouteflika croupissent en prison, leurs journaux sont fermés : la France n'a pas de commentaires à faire, n'apporte qu'un soutien minimal, du bout des lèves, au grand dam d'organismes comme Reporters sans frontières. On est plutôt occupé à signer un "traité
d'amitié" avec l'Algérie. Et, si vous vous rendez sur le site de l'Ambassade de France en Algérie, vous verrez la place qu'occupe la question de la démocratisation et des droits de l'homme : la dernière. C'est écrit noir sur blanc, on ne peut être plus clair :
Les principaux axes du dialogue politique bilatéral entre la France et l'Algérie sont l’encouragement à l’intégration maghrébine, le partenariat euro-méditerranéen, le développement en Afrique en appui au NEPAD, la sécurité en Méditerranée, les migrations, la démocratisation et les droits de l’homme.
Pour l'Égypte, il est frappant de constater l'absence presque totale de couverture, par les médias français, de la montée de la contestation politique. Même l'attentat du Caire de jeudi soir, qui a quand même fait deux victimes françaises, n'a pas suscité plus de curiosité sur la situation en Égypte. Bigre.
Moubarak peut vraiment compter sur son ami Chirac et sur les élites médiatiques antibushistes. Le peuple égyptien se sent soutenu dans son désir de changement par la pression américaine sur le régime : Moubarak file à Paris montrer que la France (et l'Europe) est derrière lui. À cette occasion, le Figaro ose titrer : "Le plan de démocratisation de Moubarak"...

