Sunday, May 22, 2005
Borrel-Drakkar-UTA
Ceux qui ont lu l'article précédent se sont peut-être demandé : Djibouti est-il un pays arabe? Rentre-t-il dans le cadre de la politique arabe de la France? Emmanuel serait-il hors-sujet?
J'avoue que je ne sais pas très bien si Djibouti est un pays arabe. A priori non : situé entre l'Éthipie, l'Érithrée et la Somalie, la petite république se trouve apparemment dans une zone africaine non-arabe.

D'un autre côté, située juste en face de la péninsule arabique, très proche notamment du Yémen, on soupçonne de fortes influences arabes. Quant on lit de plus que les langues officielles de cette ancienne colonie française (jusqu'à 1977!) sont l'arabe et le français, on ne sait plus trop quoi penser et on se dit qu'on compte sur des lecteurs savants pour nous éclairer.
Mais qu'importe au fond car cette affaire Borrel est tout à fait digne d'être traitée dans le cadre de la politique arabe de la France. Djibouti me fait penser à l'Algérie, autre ancienne colonie où la France est très inquiète des percées américaines depuis le 11 septembre 2001. Les États-Unis disposent à Djibouti d'une base militaire depuis 2002, ce qui rend Paris très nerveux. Le président Guelleh joue habilement de cette fébrilité française : c'est à Washington qu'il a choisi de se rendre pour la première visite de son nouveau mandat.
Sur ce fond de faiblesse française, on trouve aussi à Djibouti l'indignité des tentatives d'apaisement face à des comportements inacceptables : comme face aux insultes de Bouteflika, la France joue l'apaisement dans l'affaire Borrel.
À Djibouti comme dans le monde arabe, la politique de la France passe par un profond mépris pour la justice au nom d' "intérêts supérieurs". Et qu'est-ce que la France y gagne? Le mépris de tous.
Juridiquement, la position des autorités françaises à propos de la venue du président de Djibouti en France est inattaquable. Même s'il était convoqué comme témoin dans le dossier Borrel (magistrat français assassiné à Djibouti en 1995), Ismaïl Omar Guelleh n'était certes pas tenu de s'y rendre, comme le porte-parole du Quai n'a pas manqué de le préciser : tout chef d'État "bénéficie d'une immunité de juridiction dans ses déplacements à l'étranger, principe constant du droit international que la France entend faire respecter."
Mais au fond l'aspect juridique n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui est au contraire profondément choquant dans cette affaire, c'est qu'un homme soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat d'un ressortissant français, qui plus est magistrat envoyé à titre de coopérant, puisse bénéficier de l'honneur d'une réception à l'Élysée.
À l'Élysée, Chirac et Guelleh se sont entretenus de l'affaire Borrel. Chirac a indiqué à son homologue que la justice française allait accélérer l'instruction sur la mort du juge. Ce qui a été confirmé par le porte-parole de l'Élysée : "le parquet demande au juge d'instruction de mener l'instruction qui se prolonge depuis maintenant dix ans dans les meilleurs délais." Ce qui, évidemment, fait l'affaire de Guelleh : il est probable que la juge d'instruction n'a pas encore obtenu de preuves formelles contre l'entourage de Guelleh, face à l'obstruction des Djiboutiens d'une part, des services secrets et du pouvoir politique français d'autre part. En toute légalité, le mépris de la justice.
Ça ne vous rappelle rien? Ça devrait. Rappelons l'attitude des autorités françaises face aux deux attentats anti-français les plus meurtriers de ces trente dernières années :
- L'attentat du Drakkar en 1983, où le Hezbollah assassina 58 parachutistes français (attentat-suicide).
- L'attentat du DC10 de la compagnie française UTA qui a explosé en vol, en 1989, au dessus du Tchad. A bord, 170 personnes, dont 54 Français. Suite à l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière, 6 hauts responsables des services secrets et de la diplomatie libyenne ont été condamnés par contumace à la prison à perpétuité par la Cour d’Assises spéciale de Paris.
La position de le France vis-à-vis du Hezbollah est pour le moins très conciliante. Elle-même victime du terrorisme du Hezbollah (fait-on plus "terroriste" qu'un attentat-suicide?), elle protège le Hezbollah au sein de l'Union européenne face à certains pays (Pays-Bas, Grande-Bretagne...) qui voudrait qu'il soit classé sur la liste des organisations terroristes. En 2002, au sommet de la francophonie, Chirac est allé jusqu'à serrer la main d'Hassan Nasrallah (d'ailleurs je cherche une photo immortalisant cet instant).
Avec la Libye itou. Voici ce que Guillaume Denoix de Saint-Marc, l'un des animateurs du collectif des familles de victimes de l'attentat du DC10, avait à dire sur le sujet, en mai 2003.
Quant au Hezbollah, signalons qu'il pourrait fort bien être impliqué dans l'assassinat du cher ami de Chirac, Rafic Hariri.
Quand on se montre gentil et accomodant avec des individus tels que Nasrallah, Kadhafi ou Guelleh (et Bouteflika), on n'obtient d'eux que le mépris que l'on mérite.
J'avoue que je ne sais pas très bien si Djibouti est un pays arabe. A priori non : situé entre l'Éthipie, l'Érithrée et la Somalie, la petite république se trouve apparemment dans une zone africaine non-arabe.

D'un autre côté, située juste en face de la péninsule arabique, très proche notamment du Yémen, on soupçonne de fortes influences arabes. Quant on lit de plus que les langues officielles de cette ancienne colonie française (jusqu'à 1977!) sont l'arabe et le français, on ne sait plus trop quoi penser et on se dit qu'on compte sur des lecteurs savants pour nous éclairer.
Mais qu'importe au fond car cette affaire Borrel est tout à fait digne d'être traitée dans le cadre de la politique arabe de la France. Djibouti me fait penser à l'Algérie, autre ancienne colonie où la France est très inquiète des percées américaines depuis le 11 septembre 2001. Les États-Unis disposent à Djibouti d'une base militaire depuis 2002, ce qui rend Paris très nerveux. Le président Guelleh joue habilement de cette fébrilité française : c'est à Washington qu'il a choisi de se rendre pour la première visite de son nouveau mandat.
Sur ce fond de faiblesse française, on trouve aussi à Djibouti l'indignité des tentatives d'apaisement face à des comportements inacceptables : comme face aux insultes de Bouteflika, la France joue l'apaisement dans l'affaire Borrel.
À Djibouti comme dans le monde arabe, la politique de la France passe par un profond mépris pour la justice au nom d' "intérêts supérieurs". Et qu'est-ce que la France y gagne? Le mépris de tous.
Juridiquement, la position des autorités françaises à propos de la venue du président de Djibouti en France est inattaquable. Même s'il était convoqué comme témoin dans le dossier Borrel (magistrat français assassiné à Djibouti en 1995), Ismaïl Omar Guelleh n'était certes pas tenu de s'y rendre, comme le porte-parole du Quai n'a pas manqué de le préciser : tout chef d'État "bénéficie d'une immunité de juridiction dans ses déplacements à l'étranger, principe constant du droit international que la France entend faire respecter."
Mais au fond l'aspect juridique n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui est au contraire profondément choquant dans cette affaire, c'est qu'un homme soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat d'un ressortissant français, qui plus est magistrat envoyé à titre de coopérant, puisse bénéficier de l'honneur d'une réception à l'Élysée.
À l'Élysée, Chirac et Guelleh se sont entretenus de l'affaire Borrel. Chirac a indiqué à son homologue que la justice française allait accélérer l'instruction sur la mort du juge. Ce qui a été confirmé par le porte-parole de l'Élysée : "le parquet demande au juge d'instruction de mener l'instruction qui se prolonge depuis maintenant dix ans dans les meilleurs délais." Ce qui, évidemment, fait l'affaire de Guelleh : il est probable que la juge d'instruction n'a pas encore obtenu de preuves formelles contre l'entourage de Guelleh, face à l'obstruction des Djiboutiens d'une part, des services secrets et du pouvoir politique français d'autre part. En toute légalité, le mépris de la justice.
Ça ne vous rappelle rien? Ça devrait. Rappelons l'attitude des autorités françaises face aux deux attentats anti-français les plus meurtriers de ces trente dernières années :
- L'attentat du Drakkar en 1983, où le Hezbollah assassina 58 parachutistes français (attentat-suicide).
- L'attentat du DC10 de la compagnie française UTA qui a explosé en vol, en 1989, au dessus du Tchad. A bord, 170 personnes, dont 54 Français. Suite à l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière, 6 hauts responsables des services secrets et de la diplomatie libyenne ont été condamnés par contumace à la prison à perpétuité par la Cour d’Assises spéciale de Paris.
La position de le France vis-à-vis du Hezbollah est pour le moins très conciliante. Elle-même victime du terrorisme du Hezbollah (fait-on plus "terroriste" qu'un attentat-suicide?), elle protège le Hezbollah au sein de l'Union européenne face à certains pays (Pays-Bas, Grande-Bretagne...) qui voudrait qu'il soit classé sur la liste des organisations terroristes. En 2002, au sommet de la francophonie, Chirac est allé jusqu'à serrer la main d'Hassan Nasrallah (d'ailleurs je cherche une photo immortalisant cet instant).
Avec la Libye itou. Voici ce que Guillaume Denoix de Saint-Marc, l'un des animateurs du collectif des familles de victimes de l'attentat du DC10, avait à dire sur le sujet, en mai 2003.
Tout au long de l'instruction, et encore aujourd'hui, les pression sont violentes. Ces actions de déstabilisation ne sont pas toujours venues de la partie libyenne. La partie française a été d'une efficacité redoutable. Je citerais la déclaration de Roland Dumas, alors Ministre des Affaires Étrangères nous conseillant de "tourner la page", ou encore la déclaration de Charles Josselin, ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, le 23 octobre 2001, à Tripoli, au sujet du DC10 UTA, "On peut en effet […] considérer que la parenthèse est refermée et que désormais sur le plan aussi bien culturel que scientifique, technique et bien sûr économique, la coopération entre nos deux pays peut désormais se développer normalement."Imaginez une seconde un dirigeant américain qui oserait parler de "tourner la page" dans ces circonstances! Les victimes de l'attentat anti-américain de Lockerbie ont d'ailleurs été beaucoup mieux indemnisées par la Libye, preuve que la fermeté est payante face à des régimes de ce genre. Quand la Libye a choisi de se réinsérer dans la communauté internationale, elle l'a fait en passant par les États-Unis et la Grande-Bretagne qui ont bénéficié du prestige de l'annonce, la France n'étant même pas tenue au courant. Quand la France méprise ses propres valeurs, pourquoi un Kadhafi aurait-il du respect pour elle?
Quant au Hezbollah, signalons qu'il pourrait fort bien être impliqué dans l'assassinat du cher ami de Chirac, Rafic Hariri.
Quand on se montre gentil et accomodant avec des individus tels que Nasrallah, Kadhafi ou Guelleh (et Bouteflika), on n'obtient d'eux que le mépris que l'on mérite.

