Tuesday, May 03, 2005

 

Quand la presse et la diplomatie sont sur la même longueur d'onde



Le monde est complexe, c'est bien connu. On croit pouvoir résumer les gens et les faits en quelques mots, alors que tout est plus subtil si on regarde de suffisamment prêt.

C'est ainsi que le journal "Le Monde" publie aujourd'hui un portrait du Cheikh Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, pour ceux qui ne le sauraient pas encore. Un portrait sert a donner une image la plus vivante possible de quelqu'un, bien sûr. Mais on peut aussi l'utiliser a des fins plus politiques, afin de faire passer un message à travers l'angle de vue sous lequel on dépeint le personnage.

Il en est ainsi du portrait brossé par Patrice Claude que j'ai mentionné. On y apprend des tas de détails sur l'enfance pauvre du petit Hassan, qui s'est élevé grâce à ses seuls travail et intelligence. On y lit aussi la grande blessure de sa vie, l'assassinat de son mentor par Israël. Rien qui ne vienne rappeler, bien sûr, pourquoi Israël a choisi d'éliminer le précédent chef du parti d'Allah. Ce n'est pas le propos. Et ça nuirait au pathos, au moment même où l'on tient la clé de la haine d'Israël par le cheikh : la mort de son ami. Rien à voir avec l'integrisme chiite et sa volonté d'en finir avec l'entité sioniste comme elle est nommée par le Hezbollah.

On y lit aussi comment "le mouvement de résistance" est devenu un "parti politique". Car le mouvement fondamentaliste n'est une organisation terroriste (Patrice Claude met des guillemets quand il emploie l'expression) que pour "les Américains, les Israéliens et bien d'autres gouvernements encore". Mais pas pour la France, comme le savent déjà les lecteurs réguliers de ce blog. D'ailleurs, au cours de l'entretien, Nassrallah nie farouchement que le Hezbollah soit lié à l'attentat contre l'immeuble Drakkar qui a coûté la vie à 58 parachutistes français. C'est donc suffisant pour en faire un parti politique respectable. Le seul qui ait des milices armées.

Et maintenant vous aurez compris pourquoi Chirac considère le Hezbollah comme un problème "complexe" dès lors qu'on parle de le désarmer. C'est parce qu'il lit "Le Monde".


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