Tuesday, June 21, 2005
Égypte : de Chirac 96 à Rice 05
Du discours de Jacques Chirac à l'Université du Caire en 1996 à celui de Condoleezza Rice à l'Université américaine du Caire, il y a 9 ans et la marque de l'échec français et de la perte d'influence face aux États-Unis.

Quand Jacques Chirac, devenu président de la République, a voulu donner une nouvelle impulsion à la politique arabe de la France, il a évidemment commencé par l'Égypte. L'Égypte est, comme il est convenu de le dire, le "pays-pivot" du monde arabe, avec ses 70 millions d'habitants, sa riche histoire, son université islamique la plus vieille du monde (Al-Azhar), son activité intellectuelle et culturelle qui donne le ton. Géographiquement, de plus, l'Égypte fait le lien entre Maghreb et Moyen-Orient. En somme, une politique de la France plus affirmée dans cette partie du monde (l'héritage mitterrandien étant perçu comme trop sensible aux intérêts israéliens et trop méfiant à l'égard des dictateurs) passait nécessairement par Le Caire.
Ainsi, Hosni Moubarak fut très logiquement le premier chef d'État étranger à être reçu à Paris par le fringant nouveau président Chirac, en ce 28 mai 1995, il y a déjà plus de 10 ans.
Jacques Chirac y avait alors souligné, sans surprise, " la constance des relations entre Paris et Le Caire qui sont très bonnes ". " Nos relations avec la France sont anciennes et solides. Nous voulons encore les renforcer ", avait pour sa part déclaré le président égyptien, précisant qu'il connaissait " depuis vingt ans Jacques Chirac " qu'il rencontre régulièrement à chaque visite à Paris.
Puis, un an plus tard, Jacques Chirac retrouvait son ami Moubarak lors d'une tournée au Moyen-Orient. Le discours prononcé alors à l'Université du Caire constituait, de l'avis même de l'entourage du président, l'énoncé de sa doctrine arabe et moyen-orientale. Un extrait particulièrement important du discours, où Chirac s'adresse, par les étudiants, "à toute la jeunesse de l'Egypte et du monde arabe."
En Égypte, les Américains font ce qu'ils veulent. La moindre déclaration de Rice est scrutée à la loupe par le pouvoir égyptien et par les observateurs cairotes. On analyse indéfiniment les gestes de Laura Bush. Les Américains peuvent même réfléchir à voix haute et se payer le luxe d'hésitations manifestes. Aux États-Unis au moins, il y a véritablement un débat, à l'intérieur de l'exécutif, au Congrès et dans les instituts de réflexion, sur la meilleure politique à mener : jusqu'où faire pression sur Moubarak? Faut-il parler avec les Frères Musulmans?, etc...
Les Américains se permettent même le luxe de l'auto-critique! Ainsi Rice :
Il y a dix ans, Chirac a misé sur le prestige associé au gaullisme dans le monde arabe et sur ses liens personnels avec les Rafic Hariri, Hosni Moubarak, Yasser Arafat ou Saddam Hussein. Aujourd'hui, Hariri a été assassiné, Arafat est enterré à Ramallah, Saddam Hussein est en prison et il faut bien inviter Sharon à Paris. Reste Moubarak : avec Chirac, deux dinosaures corrompus, à bout de souffle et de crédibilité, obsédés plus que tout par leurs intérêts personnels.

Quand Jacques Chirac, devenu président de la République, a voulu donner une nouvelle impulsion à la politique arabe de la France, il a évidemment commencé par l'Égypte. L'Égypte est, comme il est convenu de le dire, le "pays-pivot" du monde arabe, avec ses 70 millions d'habitants, sa riche histoire, son université islamique la plus vieille du monde (Al-Azhar), son activité intellectuelle et culturelle qui donne le ton. Géographiquement, de plus, l'Égypte fait le lien entre Maghreb et Moyen-Orient. En somme, une politique de la France plus affirmée dans cette partie du monde (l'héritage mitterrandien étant perçu comme trop sensible aux intérêts israéliens et trop méfiant à l'égard des dictateurs) passait nécessairement par Le Caire.
Ainsi, Hosni Moubarak fut très logiquement le premier chef d'État étranger à être reçu à Paris par le fringant nouveau président Chirac, en ce 28 mai 1995, il y a déjà plus de 10 ans.
Jacques Chirac y avait alors souligné, sans surprise, " la constance des relations entre Paris et Le Caire qui sont très bonnes ". " Nos relations avec la France sont anciennes et solides. Nous voulons encore les renforcer ", avait pour sa part déclaré le président égyptien, précisant qu'il connaissait " depuis vingt ans Jacques Chirac " qu'il rencontre régulièrement à chaque visite à Paris.
Puis, un an plus tard, Jacques Chirac retrouvait son ami Moubarak lors d'une tournée au Moyen-Orient. Le discours prononcé alors à l'Université du Caire constituait, de l'avis même de l'entourage du président, l'énoncé de sa doctrine arabe et moyen-orientale. Un extrait particulièrement important du discours, où Chirac s'adresse, par les étudiants, "à toute la jeunesse de l'Egypte et du monde arabe."
La politique arabe de la France doit être une dimension essentielle de sa politique étrangère. Je souhaite lui donner un élan nouveau, dans la fidélité aux orientations voulues par son initiateur, le Général de Gaulle.10 ans plus tard, on ne peut que constater l'échec cinglant de cette politique arabe en constatant l'influence considérablement réduite de la France dans ce pays-pivot. Le discours de la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, à l'Université américaine du Caire cette fois, illustre parfaitement à quel point la France est affaiblie politiquement en Égypte (voire inexistante), laissant ainsi un boulevard aux Américains.
En Égypte, les Américains font ce qu'ils veulent. La moindre déclaration de Rice est scrutée à la loupe par le pouvoir égyptien et par les observateurs cairotes. On analyse indéfiniment les gestes de Laura Bush. Les Américains peuvent même réfléchir à voix haute et se payer le luxe d'hésitations manifestes. Aux États-Unis au moins, il y a véritablement un débat, à l'intérieur de l'exécutif, au Congrès et dans les instituts de réflexion, sur la meilleure politique à mener : jusqu'où faire pression sur Moubarak? Faut-il parler avec les Frères Musulmans?, etc...
Les Américains se permettent même le luxe de l'auto-critique! Ainsi Rice :
For 60 years, my country, the United States, pursued stability at the expense of democracy in this region, here in the Middle East, and we achieved neither.A-t-on déjà vu un diplomate français avouer s'être trompé?
Il y a dix ans, Chirac a misé sur le prestige associé au gaullisme dans le monde arabe et sur ses liens personnels avec les Rafic Hariri, Hosni Moubarak, Yasser Arafat ou Saddam Hussein. Aujourd'hui, Hariri a été assassiné, Arafat est enterré à Ramallah, Saddam Hussein est en prison et il faut bien inviter Sharon à Paris. Reste Moubarak : avec Chirac, deux dinosaures corrompus, à bout de souffle et de crédibilité, obsédés plus que tout par leurs intérêts personnels.

