Thursday, June 30, 2005

 

Quelques évidences sur le Hezbollah


Pourquoi le Hezbollah a-t-il choisi d'ouvrir le feu sur Israël hier? Pourquoi mener, maintenant, une action qui ne peut qu'entrainer une réaction prévisible, Israël n'ayant pas pour habitude de laisser passer la mort d'un de ses soldats sans réagir? Justement à cause de cette réaction, pour réactiver un front supplémentaire sur lequel Israël, qui a d'autres chats à fouetter en ce moment, se serait bien passé d'avoir à se démener.

Alors que tous les efforts de l'armée sont concentrés sur la prochaine évacuation de la bande de Gaza, le Hezbollah fait tonner son artillerie sur la frontière Nord pour compliquer la tâche à Israël. et peut-être, aussi, pour tenter de faire échouer ce retrait qui n'arrange pas ses affaires : alors que les éléments terroristes qui continuent à lancer des roquettes du côté de Gaza ont de bonnes relations avec le Hezbollah, qui les financent au moins partiellement, le retrait viendra redistribuer les cartes et mettra les Palestiniens en demeure d'agir contre leurs extrémistes après qu'Israël ait fait un pas en avant. Mais, au fond, le mouvement terroriste chiite sait qu'il n'a pas les moyens d'une confrontation trop violente avec l'Etat Hébreu et se contente d'opérations qui s'apparentent à de la guérilla pour gêner son ennemi.

Ces considérations sont assez évidentes et n'importe quel analyste peut les faire. Mais il existe un deuxième niveau d'analyse des tirs et de l'embuscade d'hier soir : c'est la question interne libanaise. Le Hezbollah doit maintenir son "image de marque" (sic) afin d'éviter son désarmement, prévu par la résolution 1559. Pour cela, la lutte contre Israël est toute indiquée, puisque ceux qui le couvrent au Liban invoquent son rôle dans la lutte pour la libération du Sud du pays. En même temps, le mouvement chiite rappelle qu'il est armé et qu'il n'y a pas de force au Liban capable de le dominer. Seule la pression internationale pourrait amener un démantelement de sa branche militaire.

Et c'est là le dernier point, mais pas le moindre, de mon analyse. Le Hezbollah agit de la sorte parce qu'il sait qu'il peut se le permettre. Sur le plan intérieur, il jouit à la fois :

- du soutien du Sud qui lui a accordé 35 sièges au parlement, conjointement à l'autre mouvement chiite Amal, dont le chef a été reconduit à la tête du parlement, en dépit de ses accointances pro-syriennes et des demandes de changement de la part de l'ex-opposition.

- de l'appui du leader druze Walid Joumblatt, qui nous rappelle encore aujourd'hui, dans une interview à "Libération", qu'il a troqué son ancien passé pro-syrien pour le plus chaud supporter libanais de Damas. Ou dans ses propres termes :

Cette résistance (celle du Hezbollah, NdR), c'est la nôtre, notre fierté, notre honneur national

Cela signifie que vous ne voulez pas désarmer cette résistance comme l'exige la résolution 1559 de l'ONU ?

Elle doit garder ses armes.

Et sur le plan international, le Hezb sait qu'il peut compter sur le silence du co-parrain de la résolution 1559 avec les Etats-Unis, à savoir la France. Qui n'a même pas pris soin de publier une condamnation suite aux évènements d'hier.

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