Wednesday, July 27, 2005

 

La fin de l'acharnement pro-palestinien de la France


(Article un peu long, vous m'en excuserez, mais je crois qu'il est important.)

Contrairement à ce qui se dit ici ou , je crois que la visite de Sharon à Paris marque bien une évolution de taille de la politique proche-orientale de la France : du pro-palestinisme acharné des 10 ans de pouvoir de Chirac vers des positions plus modérées.

Totalement aligné sur les positions palestiniennes, apportant systématiquement son soutien de dernier recours à Arafat, même quand celui-ci apparaissait clairement comme un vieux leader corrupteur utilisant cyniquement le terrorisme à des fins politiques, condamnant régulièrement Israël dans les instances internationales et poussant les autres pays européens, naturellement plus modérés, à adopter ses positions extrémistes, la France sous Chirac est allée au bout de sa (mauvaise) passion palestinienne. Cette politique a totalement échoué pour une raison fondamentale qui fait que la France n'y retombera pas de sitôt : tout simplement, le pro-palestinisme acharné n'est pas en accord avec les intérêts fondamentaux réels du pays. Une trahison (encore une) des "élites" politiques et médiatiques françaises.

Voici comment la bulle pro-palestinienne a éclaté.

Longtemps, les élites françaises se sont amusés à participer, comme les autres grands pays, au jeu des Puissances au Proche-Orient. Il en allait du rang, du prestige, de l'honneur, de la mission (mettez ici le mot "gaullien" que vous voudrez) de la France, il était plaisant d' "en être", on pouvait se laisser aller à un traditionnel tropisme arabe, on concluait quelques juteux contrats d'armements, on s'affairait, on donnait son avis sur tout. C'était agréable et, surtout, ça ne coûtait rien, ou presque : je veux dire par là que l'engagement français du côté arabe n'avait pas de retombées fâcheuses sur le pays. C'était une politique sans risque, on pouvait pro-arabiser sans soucis.

Alors que, dans le monde arabe, les intérêts réels de la France (politiques, économiques, stratégiques) se trouvaient dans l'arrière-cour du Maghreb, on n'avait d'yeux, au Quai d'Orsay et au Palais de l'Élysée, que pour les Palestiniens et leur vieux raïs, Yasser Arafat.

De façon très cynique, les Français, qui ne manquaient jamais une occasion de rappeler l'importance pour le monde entier d'une paix "juste" au Proche-Orient, soutenaient fermement les positions les plus jusqu'auboutistes du leader palestinien, ce qui justement minimisait le chances de paix.

Mais le cynisme des élites françaises pro-arabes a fini par se retourner contre le pays.

Le tournant, c'est la deuxième Intifada. La France a naturellement pris, dans cette féroce guerre d'usure, le parti des Palestiniens.

Mais, pour la première fois, le pro-palestinisme acharné a eu des conséquences désastreuses en France même. Encouragés par les positions françaises, portés par la haine anti-Sharon des médias, de nombreux Arabes français se sont laissés aller (honte sur eux) à un antisémitisme actif. Les incidents antisémites ont explosé, des centaines de Juifs français ont été attaqués, des synagogues incendiés, etc...

Paradoxalement, ce sont ces minables-là, qui s'identifient tellement aux Palestiniens, qui ont tué la politique pro-palestinienne extrémiste de la France.

Les dirigeants et les journalistes français, dans leur grande majorité, ont réalisé l'outrage à la France que l'explosion d'antisémitisme représentait : il était inacceptable que des citoyens français soient ainsi agressés; la France était montrée du doigt, notamment aux États-Unis; on craignait un affrontement entre communautés. Ils ont alors fermement réagi et l'attitude du gouvernement français a notamment été exemplaire, comme le reconnaît aujourd'hui Sharon et les organisations juives américaines.

La France s'est retrouvée dans la réalité. Avec les plus grandes populations arabes et juives d'Europe sur son territoire, principalement dans les grandes villes, la France a compris qu'elle n'était pas immunisée. Il n'était plus possible de jouer à l'apprenti sorcier avec le conflit israélo-palestinien. La modération et l'équilibre s'imposaient.

Nul mieux qu'Ariel Sharon n'a vu cette évolution fondamentale qui faisait que les options géopolitiques de la France venaient de se réduire considérablement. C'est pourquoi le 18 juillet 2004, il y a un an à peine, il invitait les Juifs de France, selon lui menacés par un antisémitisme "déchaîné", à immigrer massivement et "d'urgence" en Israël. Provocation par laquelle il montrait qu'il n'avait aucunement l'intention d'épargner la France et qu'il comprenait fort bien que, pour la première fois dans la longue histoire de ce conflit, la France avait à son tour beaucoup à y perdre.

Malgré l'explosion d'antisémitisme des années 2001-2002-2003, la France n'a pas en effet tout de suite adapté sa politique aux nouvelles circonstances. Emportée par des années de pratique pro-palestinienne, soutenue par les chaudes relations entre Arafat et le "Docteur Chirac", la France a donc vécu les 3 années d'Intifada dans un soutien total et aveugle au soulèvement palestinien.

Signe du manque d'intelligence stratégique de la diplomatie française, le 29 juin 2004 (alors que la stratégie palestinienne de terrorisme a manifestement échoué), Michel Barnier, qui venait d'être nommé ministre des affaires étrangères, choisissait pour sa première visite à l'étranger la ville de Ramallah pour y rencontrer Arafat et appeler à la fin de la "répression" israélienne... Quand je vous dis que c'était une politique "acharnée".

S'accrochant désespérement (pathologiquement et sans imagination) à Arafat comme Arafat s'accrochait à elle, la diplomatie française s'est retrouvée totalement orpheline quand ce dernier a offert son plus beau cadeau à son peuple : celui d'accepter, enfin, d'aller rejoindre le paradis d'Allah. En l'enterrant avec tous les honneurs, c'est aussi sa politique pro-palestinienne acharnée que la France a, enfin, enterrée.

Car la nouvelle donne créée par la mort d'Arafat et l'élection d'Abou Mazen (qui se fiche éperdument de la France et ne regarde que vers Washington) a bien obligé la diplomatie française à réfléchir quelque peu et à s'adapter aux nouvelles réalités :
La France revient donc maintenant à une position plus équilibrée. Dans un rapport confidentiel destiné à Sharon à l'occasion de sa venue en France, l'ambassadeur israélien écrit d'ailleurs (révélé par le Yediot Aharonot, cité par la revue de presse de l'ambassade de France en Israël) : "Je ne partage pas l’avis que les changements dans l’attitude de la France sont uniquement stylistiques, mais pas sur le fond. Ceci dit, il ne faudrait pas en tirer la conclusion qu’un revirement complet s’est produit dans la politique de la France à notre égard et vis-à-vis du Moyen-Orient. Aujourd’hui, la France veut montrer qu’elle a adopté une politique plus équilibrée dans la région ; mais elle attend de nous des démarches et des déclarations qui consolideraient son évolution vis-à-vis du conflit israélo-palestinien."

La France n'acceptera pas n'importe quoi mais n'a plus les moyens de refuser de regarder la réalité en face. Le pro-palestinisme acharné n'est plus.

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