Monday, August 01, 2005
Pascal Boniface, expert dangereux
On ne présente plus Pascal Boniface. Cet homme qui dirige l'IRIS, qui s'est fendu d'un nombre impressionant de livres, d'articles et d'analyses, qui est Chevalier de la Légion d'honneur et Chevalier de l'Ordre national du mérite. Un homme, donc, extrêmement brillant. Mais il n'est d'homme, aussi brillant soit-il, dont on ne doit pas, de temps en temps, vérifier les propos.
Le 7 juillet dernier, l'expert Boniface, a produit une analyse passionante sur les résultats de l'élection iranienne. En apparence, les faits sont simples : un ultra-conservateur, ancien gardien de la Révolution, a été élu dans une République islamique. Il a l'intention de faire de l'Iran une "société islamique exemplaire", ce qui, de l'avis de pauvres journalistes
ne paraît pas compatible avec les libertés acquises, notamment par les femmes, durant la présidence de son prédécesseur réformateur Mohammad Khatami.
Ces journalistes ont pourtant cru voir un espoir sur le volet nucléaire:
Le nouveau président iranien n’a pas fermé le porte sur ce dossier extrêmement sensible
Or, comme on peut le voir ces jours-ci, meme cet aspect positif a priori est déjà contredit par la conduite de l'Iran sur le terrain. Dans le meilleur des cas, la bonne volonté déclarée a fait place à la guerre psychologique.
Mais tout cela, encore une fois, ce n'est qu'égarement de journalistes qui ne savent pas lire la seule grille d'interprétation du monde actuel qui ait cours. Heureusement, Boniface est là pour nous éclairer. Je pense que, de son analyse, on doit retenir trois points :
La privation des libertés individuelles; notamment pour les femmes, et une politique d'affrontement avec le monde extérieur ne sont-elles pas au programme? Ce n'est pas, en tout cas, le sens du vote des Iraniens qui ont voulu exprimer un malaise social.
Pas de quoi s'inquiéter : les Iraniens sont pour l'égalité des sexes. Et ils ont voté, il suffisait d'y penser, pour un alter-mondialiste. Quelqu'un, qui, enfin, ose tenir tête au libéralisme sauvage du monde occidental et va se battre pour les droits des pauvres. La meilleure preuve en est, d'ailleurs, le point suivant :
Ahmadinejad a déclaré que l'Iran n'avait pas besoin des Etats-Unis. Il tient à affirmer l'indépendance de l'Iran et est en cela massivement appuyé par l'électorat. Mais il ne ferme pas la porte à un dialogue entre égaux.
Vous voyez? Je vous le disais! Ce gars là est anti-americain, rien de plus. Ca prouve bien qu'il est des nôtres. Et enfin le bouquet :
La grande crainte des Occidentaux concerne le programme nucléaire iranien. [...] Mais, pour l'heure, l'AEIA n'a pas détecté de violations de traité de non-prolifération de sa part.
Ce dernier point, je l'ai déjà évoqué, n'a plus lieu d'être, puisqu'entre-temps, les Iraniens ont lancé un unltimatum à l'Europe. Il entache au contraire toute l'analyse si romantique de la victoire du petit peuple de Teheran que fait Boniface d'un doute quant à sa validité.
On peut même constater, à bien y regarder, que Boniface tombe dans le piège de la doctrine américaine à force de vouloir la fuir. Si on aime résumer celle-ci par "tout ce qui n'est pas avec moi est contre moi", Boniface adopte la très douteuse attitude : "tout ce qui est contre les américains est pour moi". Voilà le niveau des analyses de cet expert. Le problème, c'est que non content de fournir de telles analyses,
Il dirige également le Cycle de formation professionnelle supérieure aux questions internationales et stratégiques de l'IRIS, ainsi que le Diplôme privé d'études supérieures en relations internationales de l'IRIS-IPRIS:
C'est vous dire si les experts francais à venir vont être de bon conseil pour ce qui touche à la politique étrangère de la France.


