Sunday, August 07, 2005
Son Excellence Philippe Coste, de l'Irak à l'Egypte
Le Journal officiel du 5 août 2005 publie la nomination de M. Philippe Coste, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République arabe d'Egypte, en remplacement de M. Jean-Claude Cousseran.
(source: déclarations de politique étrangère du Quai d'Orsay).
M. Philippe , Fernand, Lucien, Maurice, Michel Coste a une longue carrière diplomatique derrière lui. Il a été, entre autres, Représentant permanent de la France à Bangkok, Ambassadeur de France à l'Ile Maurice, au Cambodge, en Republique Tchèque. Il a également été directeur du Centre d'Analyses et de Prévisions du Quai d'Orsay, dont il sera question dans un prochain post, et responsable de la Mission Interministérielle pour la reconstruction irakienne. C'est le dernier poste qu'il a occupé avant sa nouvelle nomination en Egypte. Il est à noter que, comme pour le cas de Bernard Poletti en Iran, au delà des belles déclarations sur la souveraineté du peuple irakien, à laquelle la France n'a pas pris part du tout, le MEDEF international a pris soin de recontrer Philippe Coste pour savoir ce que les entreprises françaises pouvaient gagner de la reconstruction en cours. Cela permet de mieux comprendre les déclarations de son prédecesseur à la tête de la Mission, Francois Dopffer:
Q - Quels sont vos rapports avec l'administration Bremer (qui gerait l'Irak avant les elections NdR) et comment jugez-vous son action ?
R - La reconstruction de l'Irak est une vaste affaire qui nécessite la coopération de tous. Le temps des polémiques est révolu et il en va de l'intérêt général que l'opération de stabilisation et de reconstruction réussisse. Nous n'avons aucun intérêt à réveiller les querelles [...] Les fronts politiques et sécuritaires doivent avancer. C'est la responsabilité de la coalition et ce n'est pas à moi de juger son action
Ce qui, en langage non-diplomatique, se dit: les affaires sont les affaires, ce n'est plus le moment de faire front contre les Etats-Unis car il y a là de l'argent à faire.
Dans cette même déclaration, il y a aussi cette perle :
les entreprises françaises, par leur connaissance du pays, ont des atouts à faire valoir dans les secteurs de l'eau, de l'électricité, des télécoms, du BTP, de la santé, du pétrolier.
Cette phrase sybilline nous rappelle les heures de gloire de la France en Irak, à l'époque de Saddam Hussein, ce que nous avons déjà évoqué ici (décidemment tout se recoupe).
Je ne compte pas m'étendre, une fois de plus, sur les motivations économiques de la politique française au Moyen-Orient. Je constate, par contre que l'homme brillant qu'est le nouvel ambassadeur de France en Egypte n'est certainement pas envoyé là-bas par hasard : c;est un des endroits où se concentre de nombreux enjeux de la région:
- La réussite du désengagement de Gaza est partiellement liée à l'Egypte, qui va prendre le contrôle de la frontière connue sous le nom de "Route Philadelphie" et étant donc en mesure de permettre ou d'empêcher le passage d'armes et de terroristes vers la bande de Gaza.
- L'Egypte elle-même est accusée de ne pas avoir fait assez dans la lutte contre le terrorisme, comme le prouve le dernier attentat de Charm-El-Cheikh
- Le pouvoir de Moubarak est de plus en vacillant, face à la pression de la rue. Le fait que les forces de l'ordre ait ouvert le feu sur les manifestants est un possible signe de perte de contrôle du pouvoir en place.

