Thursday, September 22, 2005

 

Chaoukat (suite et fin)


Question : (...) "Monsieur le Ministre des affaires étrangères de la France, Paris a reçu cette semaine des responsables syriens de haut rang, dont un proche du Président Bachar el-Assad. Est-ce que vous recevez des messages du Président syrien concernant la nécessité de parvenir à un accord et de trouver une solution à cette situation ?"

M. Douste-Blazy : "Oui, pour répondre à vos questions. D’abord, sur la Syrie, ce qui nous paraît le plus important, c'est qu’en effet il n’y ait pas d’ingérence de n’importe quel pays sur un autre, en l’occurrence le Liban. Nous avons toujours plaidé pour la souveraineté respectée d’un pays, pour son indépendance et donc pour qu’il n’y ait pas d’ingérence, ni sur le plan militaire ni sur le plan des services de renseignements."

Alors que le porte-parole du Quai d'Orsay avait nié de telles allégations le 14 septembre, Douste-Blazy n'a cette fois pas remis en cause cette information. L'occasion était particulièrement solennelle puisqu'il s'agissait de la conférence de presse faisant suite à la conférence organisée à l'ONU sur le Liban, à l'initiative de Condi Rice et avec l'appui de la France. Se trouvaient présents à cette conférence de presse le Premier ministre libanais, la Secrétaire d'État américaine et des représentants britanniques, italiens, saoudiens et égyptiens. En quelque sorte, les négociations de Paris avec la Syrie vont désormais partie de la version officielle.

Ainsi Assef Chaoukat, le beau-frère de Bachar Assad et son chef des Renseignements militaires, était-il bien à Paris la semaine dernière mais il ne s'agissait pas d'une défection annonciatrice d'un écroulement du régime syrien, comme j'en avais émis l'hypothèse. Il n'était pas à Paris non plus (évidemment) pour régler une affaire d'héritage (version officielle syrienne) : il négociait pour le compte du régime syrien avec la France, seule capable de modérer les États-Unis.

Et il faut rajouter que Chaoukat n'était donc pas à Paris avec sa famille mais avec d'autres hauts responsables syriens. Selon Stratfor (Strategic Forecasting), un site d'analyse géopolitique qui bénéficie d'un réseau de sources rémunérées, la délégation syrienne comprenait, outre le beau-frère, deux vieux de la vieille du régime baassiste : Abdul Halim Khaddam et Mustapha Tlass. Amusant que Bachar ait sorti de son chapeau ces deux personnalités syriennes, effectivement très bien placées pour savoir parler aux Français. Abdul Halim Khaddam, qui fut pendant de très nombreuses années en charge des affaires libanaises à Dams, était jusqu'à très récemment le vice-président de la Syrie et il était notoirement très proche de Rafic Hariri. Ce fut à ma connaissance le seul notable syrien qui fut admis aux funérailles du Premier ministre assassiné. Quant à Mustapha Tlass, cet ancien ministre de la Défense et ancien chef des services secrets, a des liens plus qu'intimes avec la France que je vous laisse apprécier ici (en anglais) ou (en français)...

Le trio des négociateurs syriens

Shawkat
Khaddam
Tlass

|

<< Home