Wednesday, September 28, 2005

 

La France, le pétrole iranien et la Total connection


Au gré des recherches sur la préservation des intérêts économiques de la France en Iran comme explication à la façon pour le moins étonnante dont se déroule les négociations sur le volet nucléaire, on trouve des documents très intéressants sur la "Total connection".

L’Iran figure au 5e rang des réserves mondiales de pétrole (avec une part de 9 %), et au 2e rang des réserves mondiales de gaz (avec une part de 15 %). TotalFinaElf y joue aujourd’hui un rôle de leader parmi les compagnies internationales avec les mises en production des champs de Sirri et South Pars 2-3 et la poursuite du développement des projets de Balal et Dorood
(source : site Internet de Total)

Cette présentation en quelques lignes, qui s'agrémente d'un rappel historique sur les relations plus que problématiques avec l'Iran de ces dernières décennies, est le principal point d'implantation des entreprises françaises en Iran. Nul besoin de préciser qui'il s'agit d'un des marchés les plus sensibles au monde. Au delà des sommes immenses qui sont brassées, l'importance géopolitique des marchés pétroliers est capitale. En 1999, dans un article consacré à la question, l'Express expliquait que

Téhéran, en panne de devises, joue l'ouverture. Le français Total a été le premier à profiter de l'aubaine

Ainsi que cette très importante précision :

Les Iraniens sont pressés. Les dernières négociations avec Total se font à Ispahan. En Europe, Thierry Desmarest, le nouveau président, appuyé par l'Elysée et Matignon, a obtenu le soutien de Bruxelles.

Car, pour de tels enjeux, il ne s'agit pas de négociations entre chefs d'entreprises mais bien d'obtenir l'appui de la France officielle, et même de l'Europe, afin de remporter le contrat. Peu de temps après, on trouve d'ailleurs un rapport d'information de la commission des Affaires Etrangères du Sénat, disponible sur Internet, intitulé : L'Iran en transition. Il s'agit d'un compte-rendu, suite à une visite faite en Iran pour la commission par un groupe de sénateurs présidé par Xavier de Villepin (Tiens, tiens!!) du 14 au 21 Avril 2000. Parmis les titres de chapitres les plus importants du rapport, on peut retenir les suivants : "des potentialités importantes dominées par la prééminence de la ressource pétrolière" et "Une diplomatie réorientée vers le dialogue et la détente". Ce dernier chapitre, qui reflète l'évoultion politique de l'Iran à l'époque est assortie d'un paragraphe qui a de quoi attirer l'attention :

Sur le plan nucléaire, l'Iran a développé, depuis quelques années, diverses infrastructures. Le réacteur de la centrale de Busher pourrait être finalement construit, grâce à l'assistance russe, et permettre une meilleure formation des chercheurs. Même si l'accès à la matière n'est pas encore possible, les risques de détournement de programmes "civils" à des fins militaires ne sont pas nuls. La Chine et la Russie sont régulièrement suspectés de porter assistance à l'Iran dans ce domaine. Il reste que l'Iran est signataire du TNP et du traité d'interdiction complète des essais nucléaires...

La diplomatie française est donc, à la suite de Total, impliquée en Iran afin d'y assurer aussi bien sa présence comme acteur économique majeur, mais, au-delà, comme puissance géopolitique. En même temps, l'épineuse question du nucléaire est déjà présente dans la tête des décideurs:

Le dernier contrat signé par Total avec l'Iran date de Décembre 2004. Il est très difficile, eu égard à tout ceci, de ne pas penser à cet enjeu majeur dans la négociation face à l'Iran : être et rester numéro 1 sur le marché du pétrole iranien est un atout important quand les Etats-Unis sont maîtres des puits de pétrole du voisin irakien. Tout doit donc être fait pour que la négociation n'aboutisse pas à des sanctions telles qu'un embargo. Il est si difficile de ne pas y penser que les mollah ont évoqué la question ouvertement comme le rappelle un journaliste au porte-parole du Quai d'Orsay hier:

La France a-t-elle une réaction aux déclarations de Téhéran, notamment concernant la menace que Téhéran a brandie sur des mesures de rétorsion en matière commerciales et pétrolière alors que des compagnies comme Total ou l'ENI sont présentes ?

Embarras du porte-parole qui répond :

Sur ce point spécifique et d'ailleurs sur les dernières déclarations iraniennes en général, je ne souhaite pas réagir systématiquement.

Oui, mais quand même, les journalistes aimeraient bien savoir ce qu'il en est de ces menaces :

Prend-on au sérieux les menaces de l'Iran, notamment en matière pétrolière en France ?

Dans cette affaire, nous n'avons jamais raisonné en termes de menaces. C'est un processus de négociation, de discussion qui se fait dans un cadre multilatéral. Nous raisonnons en termes d'engagements négociés, multilatéraux. Très franchement, on ne souhaite pas du tout s'engager sur le terrain que vous venez de mentionner. Jusqu'à présent, ce n'est pas l'esprit dans lequel nous avons conduit ces discussions avec l'Iran.

Pendant ce temps-là, les négociateurs iraniens, qui ont leurs propres règles du jeu, continuent de menacer.


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