Monday, October 10, 2005

 

Tunisie : la France et les Droits de l'Homme


L’avocat de la liberté Mohamed Abbou, kidnappé puis emprisonné illégalement depuis le premier mars dernier pour avoir écrit un article sur Internet, a observé une grève de la faim de quatre jours (de samedi premier octobre à mardi quatre octobre) pour protester contre son incarcération et surtout contre les agissements d’une dictature qui est en train ni plus ni moins de mettre le pays à feu et à sang.

Derrière les barreaux, Maître Abbou continue à défier l’arsenal policier et judiciaire mis en place par le régime tunisien pour le faire taire et lui faire payer son audace et son amour de la liberté.

En effet, tout le long de ses quatre jours de grève de la faim, l’avocat de la liberté s’est cousu la bouche avec quatre « points de suture », ce qui a provoqué son évanouissement pendant l’accomplissement de ce geste hautement symbolique mais ô combien dangereux.


Cet article a été publié sur le site tunisnews.net, interdit en Tunisie. C'est un article sur ce même site qui a valu à Mohamed Abbou son emprisonnement. Il est fort peu probable que vous entendiez parler de lui en lisant les grands quotidiens français. Pas plus que l'on ne peut pas trouver l'ombre d'une question ou d'une déclaration du Quai d'Orsay sur le sujet (D'où l'absence de liens qui viennent généralement prouver ou illustrer nos affirmations). Pourtant, il est très instructif de lire le compte-rendu du procès de Me Abbou, fait par une avocate de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme. Voici un extrait des conclusions du rapport :


Ce procès a mis en évidence un certain nombre de dysfonctionnements de l’appareil judiciaire tunisien qui n’a pas réussi à garantir la tenue d’un procès équitable et à assurer le respect des droits de la défense dans des conditions satisfaisantes


Monsieur ABBOU n’a pu bénéficier du droit au respect des droits de la défense et du droit à un procès équitable au sens de l’article 14 du Pacte international sur les droits civils et politiques, et notamment :

- du droit de visite de ses avocats et du droit de s’entretenir avec eux
- du droit de disposer de temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense (1e affaire de violences)
- du droit de choisir l’avocat de son choix pour le défendre (1e affaire de violences)
- du droit de s’exprimer lors des débats et de son interrogatoire
- du droit au respect du principe du contradictoire
- d’interroger ou de faire interroger des témoins
- du droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial


Chacun pourra donner ses propres explications pour ce qui est du black-out total du Ministre des Affaires Etrangères, qui revient tout juste d'un voyage en Tunisie, les 1 et 2 Octobre, sur cette question. L'amitié de la France avec Ben Ali, à l'heure où la position de l'ancien colonisateur au Maghreb est vacillante, n'est certainement pas la moindre raison. Par contre, je m'interroge, encore et toujours, sur l'absence de relais de ce genre d'informations par la presse, celle qui a, ou devrait avoir; vocation à jouer le rôle de contre-pouvoir.


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