Thursday, November 17, 2005

 

Jean-Bernard Mérimée : le tableau se précise


Je vous signale l'article du Figaro de ce jour qui reproduit certaines des explications de l'ambassadeur Mérimée (qui est le petit-fils de l'écrivain, selon Airy Routier du Nouvel Obs) devant le juge Courroye. Mais voyez surtout l'article paru la semaine dernière dans Le Journal, hebdo de Casablanca.

Extraits du "Journal" :

Mais ce que l'on ignorait jusqu'à présent, c'est que « L'affaire Mérimée » débute au Maroc. En 1998, Mérimée quitte le Quai d'Orsay et se voit proposer en 1999 par Othman Benjelloun, président de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE), le poste de conseiller pour les affaires diplomatiques avant de devenir administrateur de la BMCE en avril 2000, à la surprise de nombreux observateurs du microcosme bancaire marocain. Comme l'a confié Mérimée lui-même à un journaliste du quotidien L'Economiste en mars 2000, « vous imaginez bien que je n'ai accepté la fonction de conseiller du président Benjelloun puis ma nomination comme administrateur qu'avec l'assentiment du secrétaire général de l'ONU et de la France ». Et il se révèle même loquace sur les missions qui lui sont confiées : « être à l'affût de tout ce qui pourra apparaître comme des opportunités pour le Groupe Benjelloun mais aussi pour le Maroc. (…) Ce ne sera pas seulement les opportunités françaises mais aussi les opportunités marocaines ».

Selon une source qui souhaite garder l'anonymat, Jean-Bernard Mérimée ne serait toutefois « entré définitivement dans les bonnes grâces d'Othman Benjelloun qu'à la fin de son mandat d'ambassadeur au Maroc, après être intervenu pour que la société de BTP Matrap, à laquelle est étroitement liée l'épouse d'Othman Benjelloun, travaille avec Bouygues sur la construction de la mosquée Hassan II de Casablanca ». C'est donc au nom d'un mélange d'amitié et d'intérêts que le président Benjelloun recrute le haut diplomate du Quai d'Orsay à la BMCE. Selon une source interne à la banque, « comme conseiller, il percevait un salaire conséquent versé en dollars par le siège casablancais ». La BMCE ne semble d'ailleurs rien refuser à son conseiller, comme le prouve le document produit ci-joint : deux billets d'avion Paris-Casablanca-Ouarzazate sur la RAM d'une valeur près de 3 000 euros, datant d'octobre 2002, aux noms d'Anna et de Jean-Bernard Mérimée, facturés à la BMCE…


Extraits du Figaro :


À la retraite en 1998, le diplomate se retrouve en contact avec la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE). Cette institution détenait des créances sur l'Irak qu'elle ne parvenait pas à recouvrer. «J'ai proposé au président de la BMCE de voir ce qu'il était possible de faire.» Il effectue un premier voyage à Bagdad en 1999. «J'ai rencontré Tarek Aziz, raconte M. Mérimée. Il m'a dit que l'Irak ne rembourserait pas les dettes tant que l'embargo serait en vigueur. (...) Ensuite, Tarek Aziz s'est montré disposé à me donner une allocation qui pouvait permettre de rembourser une partie de la dette vis-à-vis de la BMCE.» Le dignitaire du régime lui en explique le mécanisme : des allocations de pétrole nominatives. À charge pour la personne ainsi gratifiée de trouver une compagnie à laquelle céder les droits sur les barils.

La banque marocaine va refuser la proposition de Tarek Aziz. Selon Jean-Bernard Mérimée, le président de la BMCE n'a pas souhaité être mêlé à ces opérations : «Il fait beaucoup d'affaires avec les États-Unis ; il s'est dit que le gouvernement (américain) risquait de lui en vouloir.» Au lieu d'«arrêter les frais», comme le lui demande le banquier marocain, le diplomate va se mettre «à son compte».


Jean-Bernard Mérimée attribue la générosité de Bagdad à de la gratitude : «Tarek Aziz (...) était reconnaissant de l'intérêt que je portais à l'Irak et des conseils que je lui avais donnés.» Devant le juge, bien que contrit, il estime avoir travaillé pour Tarek Aziz, et «que toute peine mérite salaire.» Pour ajouter dans le même souffle : «Je n'aurais pas dû faire cela, et je le regrette.»


À aucun moment le grand diplomate n'a eu le sentiment d'agir à l'insu du Quai d'Orsay. «Quand j'allais à Bagdad (...), a-t-il expliqué au juge, je rencontrais l'ambassadeur de France en Jordanie.» Et à Bagdad, il affirme qu'il visitait le chargé d'affaires français après avoir vu Tarek Aziz.


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