Tuesday, November 29, 2005
Tariq Ramadan et l'intifada française en marche
Tariq Ramadan répond aux questions des lecteurs du Nouvel Observateur, à la suite des émeutes qui ont agité la France. Au milieu de ses réponses, faites d'appels à faire entendre la voix des défavorisés, d'universalisme, de culture musulmane européenne, il lache quand même ce paragraphe, très inquiétant :
Q Ne pourrait-t-on pas considérer ces violences comme un mal nécessaire? Un mal qui devrait rappeler, au monde, que la lumière d’une ère commence à céder les lieux au brouillard.
R Pendant les dernières semaines j’ai beaucoup écouté des femmes et des hommes vivant dans les banlieues. Des jeunes et des moins jeunes. Je voulais entendre, comprendre, évaluer. La très grande majorité m’a dit savoir que la violence n’est pas la solution puis ajoutait "mais c’est le seul moyen de nous faire entendre dans ce pays". Factuellement, ces personnes n’ont pas tort... L’élite politique et intellectuelle française se moque des banlieues tant qu’elles n’explosent pas, gênent leur quotidien ou donnent une si mauvaise de "la France des droits de l’homme" et de la fraternité "blacks, blancs beurs".
Aujourd’hui, alors que les violences ont cessé, il convient de dire aux politiques que la légitimité de la révolte dépendra de la nature des politiques proposées quand les banlieues sont calmes. Ce qui est alarmant, c’est de constater la surdité et l’aveuglement de cette élite qui aimerait la paix sans proposer des politiques de justice sociale. On reprochera demain encore aux cités leur violence en oubliant que le silence des politiques quant à la marginalisation sociale, les discriminations et le racisme institutionalisé sont des causes majeures dans le réveil dres troubles. Face à ce silence, la révolte est légitime : il ne faut pas qu’elle s’exprime par la violence mais par la prise de conscience politique.
Le discours est insidieux: Il dit, en substance ; bien sûr, c'est mal, la violence, une courte phrase vient le rappeler à la fin de sa réponse, mais enfin, quand on sait que, faute d'actions "musclées" on ne sera pas entendu, il ne faut pas s'étonner que ces moyens soient mis en oeuvre. Voilà le raisonnement qui amène, par un glissement progressif à justifier la révolte et l'incendie de voitures. Toutes proportions gardées, c'est le même glissement qui permet de justifier les attentats-suicide par la misère et au désespoir qui poussent au terrorisme, seule façon de faire entendre sa voix. Les Palestiniens, les Tchétchènes, les fondamentalistes de tous poils n'auraient pas d'autre choix que de tuer des innocents pour faire entendre leurs justes revendications. Cette confusion des genres, ce refus de condamner au même titre les torts des deux côtés, ce besoin de prétendre que les plus faibles ne sont que victimes, sont autant de façons de déresponsabiliser les terroristes. En s'inscrivant dans cette logique Tariq Ramadan contribue à faire des évènements de Clichy-sous-Bois une "intifada française"

