Wednesday, January 11, 2006
Douste-Blazy sur France 3
Ce que je ressens profondément, c'est l'obsession dans le contrôle de la sécurité que l'on peut trouver du côté israélien. En même temps, il y a une obsession de la part de Mahmoud Abbas de faire en sorte qu'il y ait un début d'Etat de droit sur les Territoires palestiniens. C'est là où l'Union européenne peut jouer un rôle excessivement important. Pourquoi dis-je cela ? Car on voit bien que Mahmoud Abbas n'arrive pas à désarmer des mouvements radicaux. Quels sont aujourd'hui les problèmes posés par ces mouvements radicaux ? Il y a le Jihad islamique qui n'a pas envie du tout d'obtenir le processus de paix. Le Hamas, et j'espère que notre pari de faire jouer au Hamas un rôle politique, de faire en sorte qu'il entre dans la vie politique et qu'il lâche les armes soit gagné. Et puis, vous avez les brigades Al-Aqsa. C'est là où Mahmoud Abbas est attendu. Est-il capable de faire en sorte que ces mouvements radicaux n'existent plus ? Je dis, avec Javier Solana et l'Union européenne, que nous devons faire en sorte de continuer à aider les Palestiniens mais, de leur côté, il doit y avoir un début d'Etat de droit et une formation politique palestinienne qui désarme les mouvements.
Q – Justement, parlons de demain, Philippe Douste-Blazy. Une de nos éditrices souligne, comme certains de nos invités sur le plateau ce soir, qu'on parle à tort de Processus de paix, que c'est un processus de séparation unilatérale et elle se demande si finalement, en cas de victoire du Hamas aux élections, donc en cas de victoire des islamistes, est-ce que ce choix de séparation unilatérale ne risque pas de s'accentuer parce qu'on imagine mal le Hamas en partenaire de négociation pour les Israéliens.
R – Il ne peut pas exister de séparation unilatérale, c'est impossible.
Q – Oui, mais sur la question du Hamas...
R – D'abord, il ne peut pas y avoir de séparation unilatérale, il ne peut y avoir que des processus politiques. C'est vrai pour l'Irak, c'est vrai pour le conflit israélo-palestinien. Il ne peut y avoir que de processus politiques. La force seule ne suffit pas, ne peut pas gagner, ce n'est pas possible.
Q – Et quelle sera votre position si...
R – Sur le Hamas, d'abord les sondages ne donnent pas du tout, aujourd'hui, le Hamas gagnant.
Q – Vous savez, les sondages, on a vu en France ce que cela donnait...
R – Actuellement on sait qu'il est entre 32 et 34 % à peu près, et le Fatah est aujourd'hui réunifié.
Deuxièmement, sur le Hamas, nous faisons partie de ceux qui pensent, et nous l'avons dit à la communauté internationale, que le Hamas doit connaître une évolution progressive du mouvement armé vers un mouvement politique, un parti politique. Et plus il y aura d'élus, plus il y aura de personnes responsables, plus il y aura de maires, plus il y aura de responsables, plus il pourra y avoir ensuite de cohérence dans la vie politique palestinienne.
Permettez-moi de vous dire une chose que je pense profondément : tant qu'il n'y aura pas un début d'Etat de droit et cela, je le dis également aux Israéliens, tant qu'il n'y aura pas un début d'Etat de droit - ce n'est pas de 80.000 policiers dont vous avez besoin, mais de 10.000 très bons, excessivement bien formés et capables de désarmer les milices – il ne pourra y avoir un président de l'Autorité palestinienne qui se fera respecter. C'est la même chose pour les magistrats.
Deux questions qui concernent l'Iran.La première, ce sont les propos absolument scandaleux et choquants du président iranien M. Ahmadinejad dont vous n'avez pas parlés, parce que, à mon avis, c'est l'élément majeur. Pouvoir se permettre de dire que l'on peut rayer Israël de la carte ou qu'il faut faire revenir les juifs dans tel ou tel pays, c'est quelque chose de proprement scandaleux, choquant et inacceptable, le président de la République l'a dit, j'ai été aussi l'un des premiers à réagir.
Deuxième chose, c'est aujourd'hui la levée des scellés. Mais cette levée des scellés ne dit rien à personne, alors que cela veut dire enrichissement de l'uranium. Or, je ne connais pas aujourd'hui de programme civil iranien qui justifie cela. Que les Iraniens, que les Coréens du Nord aient droit à l'énergie nucléaire civile...
Q - ... civile, comme le président de la République l'a rappelé aujourd'hui aux vœux au corps diplomatique...
R – Mais aujourd'hui, malheureusement, je ne vois pas pourquoi il faudrait enrichir l'uranium en Iran pour faire un programme nucléaire civil. Donc, il y a probablement autre chose. C'est la raison pour laquelle M. El Baradeï, nouveau prix Nobel de la paix et directeur de l'Agence internationale pour l'Energie atomique, estime pour la huitième fois qu'il y a des violations internationales de la part de l'Iran.
Donc, je vais rencontrer mon homologue, Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères, et mon homologue allemand, M. Frank-Walter Steinmeier dans quelques heures, jeudi après-midi, et nous allons travailler sur ce sujet pour faire une déclaration commune. Car nous devions, comme vous le savez, rencontrer les Iraniens. Nous, Britanniques, Allemands, Français, ceux qu'on appelle l'E3/EU, nous avons, depuis début 2003, au nom de l'Union européenne, voulu négocier, en disant qu'il n'était pas possible que cette grande civilisation - c'est un des plus grands pays du monde - puisse aller jusque-là. Donc, nous leur demandions de suspendre les activités nucléaires sensibles, d'arrêter. Nous leur disions que l'on peut parler, réfléchir ensemble, donner des choses, y compris le nucléaire civil ou faire entrer l'Iran dans l'OMC. Mais il faut arrêter ce programme nucléaire qui pourrait être militaire.
Les Russes ont, il y a quelques jours, proposé d'enrichir l'uranium chez eux. Nous avons cru, à un moment donné, que ce serait possible. C'est un échec aussi. Donc...
Q – Un mot sur la Syrie pour conclure.
R – La France s'intéresse essentiellement au Liban, comme vous le savez.
Q – Mais enfin, M. Khaddam, qui est l'ancien vice-président syrien est en France, à Paris où il a des activités qui ne sont pas...
R - Il n'est pas en rapport avec nous.
Q – Je n'ai pas dit qu'il avait un bureau au ministère des Affaires étrangères. Je dis simplement qu'il était à Paris et qu'il avait des activités, j'ai cru comprendre, très politiques...
R - Oui, mais qui le regardent, eux.
Q - ...puisqu'il est candidat...
R – Vous me posez plusieurs questions là. Vous me dites : la Syrie ; ensuite, vous faites comme si M. Khaddam, parce qu'il était en France, avait notre approbation. Donc, soyons clairs : pour nous, dans les rapports Liban-Syrie, c'est le Liban qui nous intéresse dans la mesure où il n'est pas question pour le Liban, comme pour n'importe quel autre pays dans le monde, de voir sa souveraineté bafouée.

